MÉTRIQUE
ET RHÉTORIQUE
1. Posons le problème
1.1. La thèse de Mazaleyrat: Dans ses Eléments de métrique
française, Jean Mazaleyrat propose danalyser comme
des 6-6 plusieurs alexandrins qui portent sur la sixième
syllabe un proclitique ou une préposition, ou dont la
césure est enjambée par un mot. Par exemple, il avance
que dans le poème « Remémoration damis
belges » de Stéphane Mallarmé, le vers:
(1) Sinon
dépandre pour // baume antique le temps[1]
est coupé
après la préposition car « ici, (la
césure) souligne une construction insolite et dégage
une métaphore » (1990:164). De même, un
alexandrin souvent cité de Verlaine, extrait de la
pièce I, XIX de Sagesse:
(2) Et
tout le cirque des // Civilisations[2]
serait 6-6 car,
« là, (la césure) donne lieu à une
attaque de second hémistiche sur accent oratoire de jugement
affectif » (1990:165). Ce mètre binaire est
également attribué à un alexandrin de
« Paysages », recueilli dans Amour:
(3) Et
béni signal des//pérance et de refuge,[3]
Tout lecteur
« sensible aux nuances » percevrait ici
« quelque accent de ferveur », si bien que
« le glissement au ternaire, qui peut simposer
ailleurs, affaiblirait ici la résonance du mot »
(1990:154; Mazaleyrat se fait lécho dune analyse
déjà avancée par Morier 1967:102). Enfin, un
alexandrin de Laforgue, extrait de « Les Linges, le
cygne », un texte de LImitation de Notre-Dame la
Lune:
(4) « Ah
! Pas de ces fami//liarités, je vous
prie
»[4]
reçoit lui aussi
une césure médiane qui ferait ressortir
« lironie dune intonation
contrefaite » (1990:165).
Tout le monde ne partagera sans doute pas ces analyses, mais
les propositions de Mazaleyrat ont au moins le mérite de
traduire une intuition que chacun a en lisant de la poésie,
lintuition que dans des vers présentant des
configurations comparables à celles illustrées à
linstant, une discordance entre le mètre et la phrase
peut ou doit parfois être maintenue afin de concourir à
lélaboration du sens.
1.2. Critique de Mazaleyrat
1.2.1.
Il nen demeure pas moins que la présentation du
phénomène par Mazaleyrat pose quelques
problèmes. Ainsi, dans « Et tout le cirque des //
Civilisations », il y aurait mise en relief, grâce
à la discordance entre le mètre binaire et les
frontières prosodiques de la phrase, dun accent sur la
première voyelle du polysyllabe
« civilisation », qui occupe tout le
second hémistiche. Par contre, dans « Et béni
signal des//pérance et de refuge » et
« Ah ! Pas de ces fami//liarités, je vous
prie
», le même phénomène de
discordance mettrait en valeur non pas la syllabe
post-césurale, ie la septième voyelle numéraire,
mais la syllabe anté-césurale, ie la sixième
voyelle numéraire, avec un accent sur la proparoxytonique:
« espérance » et
« familiarités ». On peut donc
sinterroger sur la valeur épistémologique des
analyses proposées puisque, selon les cas, la mise en relief
prosodique affecte la syllabe située avant ou après la
césure, sans quil y ait une logique systémique
globale, ni même aucune justification ponctuelle du choix de la
sixième ou septième position, sinon laffirmation
dune conviction momentanée selon laquelle laccent
tomberait là, et pas ailleurs.
1.2.2.
Mais ce nest pas tout. Comme le montre ces analyses, Mazaleyrat
nimagine pas quune discordance entre le mètre et
la phrase puisse être insignifiante, ce quil
théorise en avançant que « toujours (la
césure) est un fait de style » (1990:165). Or, que
la discordance entre le mètre et la phrase existe est une
chose, quelle induise un effet de sens systématique,
avant ou après la césure, en est une autre. Que
lon me comprenne bien: je ne dis pas quune discordance
nimplique pas un effet de sens, mais quune telle
implication na rien, a priori, dévident et
quil faudrait au moins y réfléchir.
Ce postulat a un corollaire immédiat: lorsquun
alexandrin présente une discordance rendue en quelque sorte
inévitable, car aucun autre mètre ne peut être
actualisé par ailleurs, Mazaleyrat se livre toujours à
un jugement de valeur sur loccurrence en question si elle ne
satisfait pas son (bon) « goût ». Par
exemple, dans Parallèlement, au début dune
pièce célèbre sur les amours
particulières:
(5)
Ces passions queux seuls // nomment encore amours
Sont des amours aussi, // tendres et furieuses,
Avec des particu//larités curieuses[5]
le troisième
vers fait problème car une scansion 9-3 ne saurait être
proposée, puisque tout segment de plus de huit syllabes est
toujours subdivisé en deux segments plus courts. Mazaleyrat
maintient donc, faute de mieux, une lecture 6-6 et précise que
« la césure (
), au moins
ébauchée, tend à rétablir
léquilibre dune suite » quil juge
« inorganique » (1990:162). De même, chez
Derème, dans:
(6) Tu
nes plus là. // Jai lu Delille // et
lAnnuaire
Des Téléphones, pour // ne plus songer à
tes
Sanglots
il sagirait,
grâce à la césure, de « conserver la
trace de quelque tenue lyrique à un énoncé qui
se laisse aller au relâchement » (1990:162). Si bien
quune césure qui ninduit pas un « fait
de style » est, à proprement parler, une
césure qui manque de style et qui, à ce titre,
mérite dêtre dénoncée comme un
pis-aller.
1.2.3. Cherchons maintenant à comprendre comment Mazaleyrat
conçoit les modalités dinterprétation de
cette « signification obligatoire », de cette
obligation de signifié. Dans nos exemples (1-4),
lauteur des Éléments de métrique
française applique une démarche
caractéristique de la rhétorique moderne. De même
quune figure est analysée comme un écart par
rapport à une langue-norme, la discordance est
envisagée comme une entorse ponctuelle à une norme
générale qui postulerait un idéal de concordance
mètre / phrase. Pour plus de clarté, comparons
lapproche de Mazaleyrat à lanalyse que lon
fait traditionnellement des énoncés
métaphoriques. Dans le dernier vers de Zone
dApollinaire, « Soleil cou coupé »,
le syntagme nominal « cou coupé » ne peut
trouver une interprétation satisfaisante avec une analyse
purement compositionnelle, qui ne sintéresserait
quau sens lexical. Quelque chose appelé
« contexte » interdit que lon puisse,
à la fin de ce poème, parler dun cou
tranché, ce qui conduit à postuler un écart et
à rechercher, faute de sens, une signification. Et
cest encore quelque chose appelé
« contexte » qui permet daccéder
à cette signification, puisque la prise en compte de la
situation (con)textuelle motivera lemploi déviant, par
un rapprochement de traits prototypiques entre le soleil couchant et
le cou tranché (forme ronde, couleur rouge, et peut-être
aussi lidée dune « fin » - de
journée et de vie). La métaphore, puisque cest de
cette « figure » dont il est question ici, se
trouve ainsi motivée a posteriori, comme un
écart exceptionnel à une norme, et est pensée en
termes de déviation jusque dans sa procédure
dinterprétation, puisque celle-ci fait appel à
une notion, le « contexte », qui
ninterviendrait pas dans les procédures
interprétatives « normales ».
Jai dit ailleurs (voir Gouvard 1995) tout le mal
quil fallait penser dune telle approche, et je me
contenterai de rappeler que, dans ce cadre théorique propre
à la rhétorique moderne:
(i) on suppose que le contexte nest quun
allié ponctuel dans linterprétation des textes,
une roue de secours, comme dit Georges Kleiber (1994), dont on se
sert quand on en a besoin;
(ii) mais on ne nous dit rien sur les modalités selon
lesquelles le contexte est sollicité ici et non pas là;
(iii) on nexplique pas pourquoi le lecteur va chercher
telle explication contextuelle et non telle autre;
(iv) on ne définit pas ce quest un contexte, de
quoi il est constitué, comment il est transmis;
(v) on ne justifie pas lidée, pourtant
paradoxale, que ce quon appelle
« contexte » puisse à la fois
dénoncer lécart et le motiver en
lexpliquant;
(vi) enfin, on se heurte de front aux approches les plus
récentes en pragmatique cognitive qui, suite à Sperber
et Wilson (1986/1989), tendent à montrer que le contexte, loin
dintervenir ponctuellement dans linterprétation
des énoncés, intervient au contraire presque toujours
et quil nexiste que très rarement, même dans
la conversation courante, des énoncés littéraux
qui ne nécessitent pas la construction dun contexte
particulier pour leur interprétation.
Les analyses de Mazaleyrat névitent aucune de ces
critiques, puisquelles procèdent selon la même
logique, en postulant un lecture
« littérale », si je puis dire, des
rapports mètre / phrase, lecture qui reposerait sur la
concordance, et une autre analyse, beaucoup plus rare, en terme
décart lorsque le mètre, dune part, et les
structures prosodiques, syntaxiques et/ou sémantiques,
dautre part, ne coïncident plus[6].
1.2.4.
Mais laissons de côté le problème des
modalités dinterprétation sémantique pour
nous intéresser à la description métrique en
elle-même et à son assise épistémologique.
Reprenons le vers que Mazaleyrat étudie avec le plus
dattention, c'est-à-dire lalexandrin. Sa
métrique, pour lui, ne fait pas de difficulté puisque,
le plus souvent, il sagit de sen remettre au rythme et la
plupart des vers de douze syllabes sont donc des 6-6, 4-4-4, 3-4-5,
5-7 harmonieux où mètre et rythme saccordent
à lunisson. Mais dans les autres cas, sa méthode
est beaucoup plus problématique. Dans des occurrences comme
celles citées sous (1-4), la discordance entre le mètre
6-6 et la phrase induirait un effet de sens qui motiverait et donc
« excuserait » cette discordance, et le
mètre 6-6 ne serait reconnu quen fonction de cette
capacité à générer un sens - ou plus de
sens. Mais nous sommes alors en pleine aporie. Dans le cadre
développé par Mazaleyrat, le mètre est
attribué afin de générer un effet de sens qui
nest généré que sil y a discordance,
laquelle nexiste que sil y a effet de sens, lequel
nexiste que sil y a discordance etc. Il apparaît
ainsi clairement que lanalyse métrique de Mazaleyrat
na, sur le plan épistémologique, aucune
autonomie. Nous pouvons même avancer que lauteur des
Éléments na pas de théorie
métrique, mais une théorie sémantique du
mètre. Il ne produit pas une description, mais, dès le
départ, une interprétation.
Une telle méthode - si cen est une - conduit bien
entendu à des analyses subjectives, puisque reposant sur
lintuition et la « sensibilité » de
chaque exégète et, par voie de conséquence,
à des contradictions et à des discussions sans fin. Par
exemple, dans le quatrain suivant, extrait dun sonnet de
Verlaine dédié « A Emmanuel
Chabrier », en 1887:
(7)
Chez ma mère charmante // et divinement bonne,
Votre génie // improvisait // au piano,
Et cétait tout autour // comme un brûlant
anneau
De sympathie et daise // aimable qui rayonne.[7]
le second
vers serait un ternaire selon Mazaleyrat, alors que, tout en restant
dans le cadre quil a esquissé, il semble tout à
fait possible, sur le modèle de « Et béni
signal des//pérance et de refuge », où
la discordance traduit « quelque accent de
ferveur », dattribuer le même type de scansion
et, simultanément, deffet de sens, à
« Votre génie impro//visait au piano ».
Inversement, « Et béni signal
despérance et de refuge », publié pour
la première fois dans Les Chroniques du 1er août
1887, nest pas nécessairement discordant, contrairement
à ce quavance Mazaleyrat. Pourquoi ne pas y voir
« une formule d'alexandrin libéré
ternaire » (5/3/4), comme en (8a), ou un alexandrin
« libéré 5//7, binaire asymétrique
césuré » (1990:158; italiques siennes),
comme en (8b):
(8)
a Et
béni signal // despérance // et de refuge
b Et béni
signal // despérance et de refuge.
5/3/4 ou
5/7, deux formes reconnues par Mazaleyrat lui-même comme
caractéristiques « de la fin du XIXème
siècle », période qui, me semble-t-il, peut
concerner un vers écrit en 1887 et publié en recueil
lannée suivante. On le voit, admettre de lier le sens et
le mètre a priori, dès la première
étape de lanalyse, cest sexposer aux
critiques dautres subjectivités, dautres lecteurs.
Au terme de cette réflexion critique, il
apparaît: (i) que la métrique de Mazaleyrat
procède à des scansions intuitives, qui ne sont pas
attribuées suivant un système cohérent; (ii) que
la métrique est
amalgamée avec lanalyse du « style »
et repose donc souvent sur des jugements de valeur subjectifs; (iii)
quelle procède comme la rhétorique moderne
à partir dune conception insuffisante et obscure de la
notion de « contexte »; si bien que (iv) le
mètre nest pas défini pour lui-même et que
(v) les scansions qui sensuivent sont très souvent
sujettes à discussion et nont pas de réel
caractère scientifique.
Dans les lignes qui suivent, je chercherai à
établir à quelles conditions lon peut avancer
quil y a ou non discordance dans tel vers de telle
période, de tel auteur; puis à repenser
linterprétation de la discordance mètre / phrase
au sein dune théorie générale de la
communication, et non en reprenant lidée dune
interprétation ponctuelle qui fait appel exceptionnellement
à un soi-disant « contexte ». Enfin,
jessaierai de suggérer comment la discordance
mètre / phrase peut participer à la rhétorique
dun poème.
2. La méthode danalyse
Une fois posée la nécessité de distinguer
lanalyse métrique et lanalyse du sens, il convient
de se doter dune méthode dinvestigation du
mètre, et seulement du mètre, qui efface ou, pour
être plus juste, qui réduit fortement la part
dinterprétation subjective. Sur la question, on
consultera Cornulier 1982, puis son prolongement dans Gouvard 1994a,
dont je ne résumerai ici que lessentiel.
Lidée, initialement, est de sabstraire de la
phrase pour ne pas suivre (plus ou moins consciemment) les
articulations prosodiques et syntaxiques les plus contingentes.
Doù une méthode que jai appelée
« distributionnelle », qui consiste à
substituer à la phrase une représentation
codifiée, en remplaçant chaque syllabe numéraire
par un marquage qui traduit sa nature prosodique et/ou syntaxique. Ce
code est, dans sa version initiale, constitué de cinq
marquages:
2.1. Marquage C: L'alexandrin classique ne présente jamais un
déterminant ou un pronom antéposé devant la
césure. Nous codifierons Cn toute syllabe métrique
n-ième portant la voyelle ou l'une des voyelles d'un des
clitiques suivants:
(i) les articles définis le, la, les;
(ii) les articles indéfinis ou contractés un,
une, des, du, au, aux;
(iii) les déterminants possessifs mon, ma, mes, ton,
ta, tes, son, sa, ses, notre, nos, votre, vos, leur(s);
(iv) les déterminants démonstratifs ce,
cet(te), ces;
(v) les pronoms sujets je, tu, il(s), elle(s), on,
ça, ce, nous, vous,
(vi) les pronoms objets me, te, nous, vous, le, la, les,
se, lui, leur;
(vii) en et y;
(viii) le morphème négatif préverbal
ne.
Par
exemple, le vers:
(9) On
lutte, on frappe, on blesse, on saigne,
on souffre, on aime
(Hugo)
sera codé: C1
C3
C5
C7
C9
C11
Les formes
bisyllabiques dont le /Q/ final n'est pas
élidé, à savoir « une », « cette
», « notre », « votre », « elle »,
recevront pour ce /Q/ le double codage C et
F (pour « F », voir § 2.4):
(10) Hymnes
brûlants d'une théologie intense
C et F6
A cause de cette faiblesse, fleur du corps,
C et F6
D'être grâce à votre talent de femme
exquise-
C et F6
Elle était
belle, elle t'aimait, elle est passée,[8]
C et F6
Seul un emploi proclitique des formes listées sous
(i-viii) contraint un encodage Cn. Par exemple, on ne
considérera pas comme C6 les pronoms complétés
par une proposition relative subséquente, tels (11):
(11) Et
dans nos temples, nous qui croyons, nous allons
Mais voyez-le donc, vous dont les chants sont des
râles,
Ils ne sont pas
proclitiques et la modalité vocative, qui supporte facilement
une accentuation forte à l'initiale, confère une
autonomie certaine au pronom par rapport à sa
complémentation, laquelle ne diffère pas ici de:
*« Et dans nos temples, nous, les croyants nous allons
». Les emplois sujets dits « toniques » de formes
telles que « lui » ne sont pas non plus concernés.
Comparons par exemple (12a) et (13a) avec (12b) et (13b), seuls (12a)
et (13a) étant signés Hugo:
(12) a Horreur
! Satan et lui mettent le même anneau.
Ø6
b *Horreur !
Belzébuth lui met son anneau au doigt
C6
(13) a Le
regardaient, et lui ne les regardait pas.
Ø6
b *Le regardaient, et
il ne les regardait pas.
C6
Nous ne
codifierons Cn une position métrique que si la forme «
lui » est complément d'objet post-posé au verbe.
2.2. Marquage P: Sera codée Pn toute syllabe métrique portant
la voyelle d'une des prépositions monosyllabiques suivantes:
à, chez, dans, de, dès, en, entre (si le
e final est élidé métriquement),
hors, par, pour, près, sans, sous, sur, vers; et
immédiatement suivie de sa base. Je renvoie à Gouvard
1994a pour lanalyse de quelques cas particuliers, comme les
prépositions constitutives de locutions telles que:
(14) De par Bezout, de
par l'X et l'Y grec, magie
(Hugo)
où un encodage
P6 n'est pas souhaitable; la locution « de par » provient
d'une altération de « de part », avec le sens de
« de la part de », « au nom de » (de par la loi,
de par le roi), et elle est suffisamment lexicalisée pour que
les deux monosyllabes fassent corps. Par contre, Hugo n'a jamais
écrit un alexandrin comme:
(15) *De par
Condorcet, de par l'X, de par l'Y grec
où le premier élément de la
locution « de par » occuperait la sixième position,
et cette configuration serait alors traduit par P6[9].
2.3. Marquage M: Nous codifierons Mn toute voyelle dun
polysyllabe antérieure à la voyelle accentogène
de ce mot, où « mot » désigne toute suite de
caractères comprise entre deux blancs typographiques. Des
polysyllabes comme « après-midi » ou «
aujourd'hui » forment donc un tout, bien qu'ils soient
décomposables en morphèmes: <après +
midi>, <au + jour + d' + hui>. Le vers d'Albert
Mérat:
(16) Joyeux des beaux
lauriers-roses et des olives.
sera
codé M5 et M6 (ainsi que M1 et M10, bien entendu), le
composé « lauriers-roses » constituant un seul
« mot » graphique. La septième position
métrique qui porte la voyelle accentuée « -ro-
» ne reçoit aucun marquage. Par ailleurs, il n'y a pas
lieu de différencier un composé lexicalisé comme
« laurier-rose » des créations d'auteur (17a), ou
des noms propres (17b), ou encore des sobriquets (17c):
(17) a Sera
Napoléon-le-petit dans l'histoire
(Hugo)
M3M4M5M6M7 M8
b Du
grand calife Haroun-al-Raschid si fantasque,
(Siefert)
M5 M6
M7 M8
c Haynau, Cisey,
Jourdan-coupe-tête et sa hache
(Hugo)
M5 M6 M7M8
Cette
définition large de la notion de « mot » n'est ni
arbitraire, ni solution de facilité. Tout d'abord, afin
d'établir un tri objectif des réalisations, il fallait
s'en tenir au témoignage des textes écrits et ne pas
s'interroger, ponctuellement, sur la solidarité des
morphèmes de tel ou tel composé. Ensuite, ce
critère permet un premier sondage et dégage une
régularité remarquable du vers classique
français puisqu'aucun alexandrin jusque vers 1850 n'est M6
selon la définition pourtant large que nous adoptons, à
quelques exceptions près[10].
Les groupes de morphèmes plus ou moins
lexicalisés mais qui ne forment pas graphiquement de «
mots » ne sont donc pas concernés, qu'ils
présentent une césure enjambée par une locution
(18a), un lexème composé par détermination
prépositionnelle (18b), ou toute suite qui, en contexte,
apparaît intuitivement comme lexicalisée (18c):
(18) a Elles
s'arrêtent tour à tour, posant leur tête
(Verlaine)
b D'un clairon pour
des champs de bataille où je vois
(Verlaine)
Si j'avais eu quelque arme à feu sous mes dix
doigts. (Verlaine)
c Ils en sont
à l'A, B, C, D, du cur humain;
(Hugo)
De tels
groupes:
(i) présentent la différence par rapport au
critère M de ne pas former un tout graphique et
d'apparaître très tôt, dans le vers «
romantique », chez Hugo, Barbier, Gautier et d'autres, sans
offrir de mètres de substitution;
(ii) relèvent d'une esthétique de l'enjambement,
tant à la césure qu'à l'entre-vers, et non de la
métrique;
(iii) font partie d'une liste ouverte de lexicalisations
possibles mais dont la solidarité, tant prosodique que
syntaxique, n'est ni estimable ni vérifiable de façon
rigoureuse, même s'il est possible dans une perspective
cognitive de dégager des traits spécifiques à
certaines suites par exemple, pour les groupes « N1 à N2
» comme « tour à tour » et
« arme à feu »;
(iv) sont plus soumis aux fluctuations de l'histoire, aux
modes, aux idiolectes que ne lest un lien syntactico-prosodique
entre un monosyllabe et sa base, par exemple, même si de tels
rapports évoluent également;
(v) relèvent du jugement personnel du lecteur ou du
métricien, puisque la compétence lexicale décide
en bonne part de lencodage.
2.4. Marquage F: Sera codée Fn toute syllabe n dont le
noyau vocalique est un e post-tonique non-élidé
métriquement. Cet alexandrin de Rimbaud:
(19) Et
de braise, et mille meurtres, et les longs cris
est F6 et
F8; par contre, il n'est pas F4 car le « -e » de «
braise » est élidé[11].
2.5. Marquage zéro: Toute syllabe numéraire qui nest ni C, ni P,
ni M, ni F, reste « non-marquée », cette
absence de marquage étant aussi une marque (au même
titre quune détermination zéro du nom), et
traduisant une éventuelle césure ou pause.
3. Deux exemples dapplication
La méthode exposée ci-dessus permet de
sabstraire de la contingence phrastique et, par
conséquent, daborder lanalyse métrique en
se dégageant beaucoup plus de linterprétation
sémantique que ne le fait Mazaleyrat. Afin dillustrer la
démarche, je reprendrai les alexandrins cités
supra sous (1) et (4), et jessaierai de montrer, avec
des arguments uniquement métriques, pourquoi on peut sans
doute défendre pour eux une scansion 6-6 malgré le
marquage de leur césure.
3.1. Commençons
par lalexandrin P6 (ie « portant une
préposition sur la sixième syllabe »)
« Sinon dépandre pour baume antique le
temps » de Mallarmé, écrit en 1893. Aux
débuts des années 1860, lorsque Mallarmé publie
ses premiers textes, la plupart des alexandrins C6 ou P6
déjà écrits, et quil pouvait avoir lus,
présentent par ailleurs un rythme ternaire 4-4-4. En voici
quelques-uns à titre dexemple, empruntés à
Baudelaire, Blanchecotte, Hugo, Leconte de Lisle et Villiers de
lIsle-Adam:
(20)
Exemples dalexandrins à rythme ternaire des
années 1850:
|
Auteur |
Date |
Vers |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
11 |
12 |
|
Baudelaire |
1850 |
Chacun
plantant, comme un outil, son bec impur |
M |
|
M |
|
|
C |
M |
|
C |
|
M |
|
|
Hugo |
1853 |
Dans ton
prodige, et dans lhorreur démesurée |
P |
C |
M |
|
|
P |
M |
|
M |
M |
M |
|
|
Baudelaire |
1854 |
A la
très belle, à la très bonne, à
la très chère, |
P |
C |
|
|
P |
C |
|
|
P |
C |
|
|
|
Blanchecotte |
1855 |
Non les
honneurs, non les succès, non la fortune; |
|
C |
M |
|
|
C |
M |
|
|
C |
M |
|
|
Blanchecotte |
1855 |
Je les
revois, je les reprends, je te les donne ! |
C |
C |
M |
|
C |
C |
M |
|
C |
C |
C |
|
|
Leconte |
1855 |
La queue
en cercle sous leurs ventres palpitants |
C |
|
P |
|
F |
P |
C |
|
F |
M |
M |
|
|
Baudelaire |
1858 |
En tout
climat, sous ton soleil, la Mort tadmire |
P |
|
M |
|
P |
C |
M |
|
C |
|
M |
|
|
Baudelaire |
1859 |
Dautres,
lhorreur de leurs berceaux, et quelques-uns, |
|
F |
M |
|
P |
C |
M |
|
|
M |
M |
|
|
Baudelaire |
1859 |
O ma si
blanche, ô ma si froide, Marguerite |
|
C |
|
|
|
C |
|
|
F |
M |
M |
|
|
Baudelaire |
1859 |
Exaspéré,
comme un ivrogne qui voit double |
M |
M |
M |
|
|
C |
M |
|
F |
|
|
|
|
Leconte |
1859 |
Et
triomphant dans sa hideuse déraison |
|
M |
M |
|
P |
C |
M |
|
F
|
M |
M |
|
|
Leconte |
1859 |
Et tout
le long de cette énorme goinfrerie |
|
|
C |
|
P |
C |
M |
|
F |
M |
M |
|
|
Villiers |
1859 |
Elle
était là, comme un fantôme de la Vie |
C |
M |
|
|
|
C |
M |
|
F |
P |
C |
|
|
TOTAL |
|
|
7 |
8 |
6 |
0 |
5 |
10 |
7 |
0 |
7 |
6 |
7 |
0 |
Et le jeune
Mallarmé, dans un premier temps, suit cette tendance, en
ménageant une scansion ternaire lorsque la césure
classique est affaiblie par un monosyllabe:
(21)
Premiers alexandrins C6 ou P6 de Mallarmé (1861-1863):
Date Vers
1 2
3 4
5 6
7 8
9 1011
1861
Rire le cuivre, et, sous la pluie, un brin de buis...
F C
P C C
P
1862
O la mystique, ô la sanglante, ô l'amoureuse
C M
C M
M M
1862
Ni tes bonbons, ni les carmins, ni les Jeux mièvres,
C M C
M
C
1862
S'ils sont vaincus, c'est par un ange très puissant
C
M
P C F
M
1863
Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture
C
P M
C M
M
Total
2
3 4 0
1 5 4 0
4 2
4
Toutefois, il semble
que le ternaire nait été, chez certains
poètes, quune « mode »
passagère. Ainsi, Baudelaire lui-même, qui en fut
linitiateur dans les années 1850, avec Leconte de Lisle
(sur ce point, voir Gouvard 1994a:190-205), tendra à effacer
par la suite cette possibilité dun rythme
complémentaire 4-4-4, préférant nautoriser
quune scansion 6-6 discordante:
(22)
Alexandrins C6 ou P6 de Baudelaire à partir de 1860:
Date Vers
1 2
3 4
5 6
7 8
9 10
11
1860 Volupté
noire des sept Péchés capitaux,
M M
F C M
M M
1861 Disait:
"La Terre est un gâteau plein de douceur,
M
C
C M
P M
1863 Qu'il
s'infiltre comme une extase dans tous ceux
C M F
C M
F P
1864 -
Lui se tourne vers son fournisseur ordinaire,
C C F
P C
M M
M M
Total
5
4 3 2
3 6 5 2
3 4
5
Contrairement à
ce qui se passe pour les vers de la décennie
précédente, les positions 4 et 8 ne sont plus
systématiquement vides de tout marquage dans les années
1860. Ce type de distribution, que jai examinée à
grande échelle sur un corpus de 350.000 alexandrins
composés par 70 auteurs, se retrouve chez un nombre
significatif de poètes de la seconde moitié du
dix-neuvième siècle. Et lon
saperçoit, en examinant les alexandrins de
Mallarmé à partir de 1864, que celui-ci abandonne
également le procédé de la scansion ternaire
complémentaire, puisque les positions 4 et 8 sont tout autant
marquées que les autres, plus de 5 à 6 fois sur 10
(voir le tableau 23 page suivante), ce qui montre quelles ne
jouaient aucun rôle particulier dans les vers de la
maturité. On trouvera dans Gouvard 1994a des analyses
identiques de Villiers de lIsle-Adam, Glatigny, Mérat,
Cros, Laprade, Dierx, et des premiers textes du jeune Mendès,
autant de poètes dont une étude distributionnelle
montre quils nattribuaient pas à leurs alexandrins
C6 ou P6 une autre scansion que la traditionnelle césure
médiane et que, contrairement à une idée
reçue très et trop largement répandue, ils
nont donc jamais composé les alexandrins ternaires
quon leur prête en général. Ce qui,
notons-le, ne remet pas en cause le caractère novateur de
leurs uvres, puisque présenter comme 6-6 des vers
portant un proclitique ou une préposition sixième
était déjà une (r)évolution dans les
années 1860/1870, mais éclaire sous un jour nouveau les
formes que prend cette (r)évolution.
(23)
Alexandrins C6 ou P6 de Mallarmé à partir de 1864:
Date
Vers
1 2
3 4
5 6
7 8
9 1011
1864 Une
négresse, par le démon secouée,
C CFM F
P C
M
M M
1864 Monte,
comme dans un jardin mélancolique,
F
F P
C M
M M
M
1864 Pâle
et rose comme un coquillage marin.
F
C M
M
F M
1865 Lève
l'ancre vers une exotique nature !
F
F P
C M
M
F M
1866 Joncs
tremblants avec des étincelles, contez
M
M
C M M
F M
1866 Dans les
cygnes et les frissons, ô pierreries !
P C
F
C M
M M
1866 Je les
saisis, sans les désenlacer, et vole
C C M
P C
M M
M
1866 Des
perfides et par d'idolâtres peintures
C M F
P M
M
F M
1866 Aux
ivresses de sa sève ? Serais-je pur ?
C M F
P C
F M
F
1866 Sans un
murmure et sans dire que s'envola
P C M
P
F
M M
1866 Par ma
lèvre: quand sur l'or glauque des lointaines
P C F
P
F C M
1866 O
feuillage, si tu protèges ces mortelles,
M
F
C M
F C M
1866 Loin du lit
vide qu'un cierge soufflé cachait,
C
F C
F M
M
1868 Métaux
qui donnez à ma jeune chevelure
M
M
P C
F M M
1868 Mais,
horreur ! des soirs, dans ta sévère fontaine,
M
C
P C M
F M
1868 Sur des
consoles, en le noir Salon: nul ptyx,
P C M
F P
C
M
1868 Descendre
à travers ma rêverie en silence,
M
P M
C M
M
P M
1868 Je me crois
seule en ma monotone patrie,
C C
P C M
M
F M
1868 Le blond
torrent de mes cheveux immaculés,
C
M P
C M
M M
M
1868 Du soir
aboli par le vespéral Phoenix
C
M M
P C
M M
M
1868 Néfaste
incite pour son beau cadre une rixe
M
M F
P C
C CF
1868 Comme des
feuilles sous ta glace au trou profond,
F C
F P C
C
M
1875 Tacites
avec des étincelles, contez
M
F M
C M
M
F M
1875 Dans les
clartés et les frissons, ô pierreries !
P C M
C M
M M
1875 Et de seins
vagues sous mes regards clos s'enflant,
P
F P
C M
M
1876 Des
déesses; et par d'idolâtres peintures,
C M F
P M
M
F M
1876 Par le
talent; quand, sur l'or glauque de lointaines
P C M
P
F C M
1885 Il
s'immobilise au songe froid de mépris
C M M M C
F
P M
1885 Avec
grâce, quand sur des coussins tu la poses
M
F
P C M
C C
1886 Comme une
cime dans ses ténèbres hostile,
C CF F
P C
M
F M
1886 Aussi
peut-être hors la fusion entre eux
M
M F
P C
M M
1886 Affres que
jusqu'à leur lividité hérisse
F
M
C M M
M
M
1886 Immobilisés
par un choc malencontreux
M M M M P
C
M M M
1886 A dire
excepté par une bouche défunte
P
M M
P C
CF F
M
1886 Tandis
qu'autour de son sachet de vieille faille
M
M
P C M
P
F
1886 Evanoui
comme un séculaire plumage
M M M
C M
M
F M
1886 Comme
emblème sur une authentique nourrice,
M
F P
C M
M
F M
1887 La plupart
râla dans les défilés nocturnes,
C M M
P C
M M
M
1887 Une
nudité de héros tendre diffame
C CF
M M
P M
F M
1887 Oui, sans
ces crises de rosée ! et gentiment,
P C
F P M
M M
1887 Quand en
face tous leur ont craché les dédains,
P
F
C
M
C M
1887 Une ruine,
par mille écumes bénie
C CF
M
F P
M
F M
1887 Leur
défaite, c'est par un ange très puissant
C M
F
P C
F
M
1887 Les
poëtes bons pour l'aumône ou la vengeance,
C M
F
P M
C M
1887 Mille
sépulcres pour y vierge disparaître.
F M
F P C
F M
M
1887 Avec
clarté quand sur les coussins tu la poses
M
M
P C M
C C
1887 Pâle
rose comme un coquillage marin.
F
F
C M M
F M
1892 Sur les
crédences, au salon vide: nul ptyx,
P C M
F C
M
F
1893 Sinon
d'épandre pour baume antique le temps
M
M F
P
M
F C
1893 A des
heures et sans que tel souffle l'émeuve
P C
F
P
F M
Années
90 Je fais ce don, si votre amitié l'accueillait
C
C
C M M
M M
Total
35 37
27 28 21
41 31 19 40
47
%
69 73
53 55 41
80 61 37
78 92
Revenons à notre « Sinon
dépandre pour baume antique le temps ». Le
lecteur aura compris que, pour nous, il ne saurait être que
6-6, comme le proposait Mazaleyrat, puisque cette analyse est en
parfait accord avec la logique structurale propre à son
uvre, et à celle dautres auteurs contemporains.
Mais ce nest nullement lhypothèse
sémantique dune « construction insolite »
qui « dégage(rait) une métaphore »
qui induit cette description. Cest une approche uniquement
métrique, fondée sur des récurrences
distributionnelles linguistiques et non intuitives, qui étaie
notre description.
3.2. Passons
à notre deuxième exemple, le curieux « Ah !
Pas de ces fami//liarités, je vous prie
» de
Laforgue, écrit aux débuts des années 1880. Nous
sommes cette fois-ci dans une logique toute différente.
À linverse de Mallarmé, Laforgue fait partie de
ces poètes qui, comme le Mendès de la maturité
ou encore le Verlaine dà partir de Sagesse, ont
ménagé des mètres de substitution au 6-6,
lorsque cette scansion était affaiblie par un marquage C, P, M
ou F de la sixième syllabe. Dans une étude
précédente (Gouvard 1992), à laquelle on voudra
bien mexcuser de renvoyer encore une fois, jai
montré que lalexandrin de Laforgue se situait aux
antipodes de celui de Mallarmé, et quil était
possible de rendre compte de la presque totalité de ses vers
C, P, M ou F6 non 4-4-4 comme des trimètres résultant
de la combinaison aléatoire entre trois segments de,
respectivement, 3, 4 et 5 syllabes numéraires, soit les
mètres 3-4-5, 3-5-4, 4-3-5, 4-5-3, 5-4-3 et 5-3-4:
(24) Métrique de lalexandrin chez
Laforgue: exemples de dodécasyllabes trimétriques
a
345 Vitraux
mûrs, / déshérités, / flagellés
d'aurores,
D'azur plei/ne de cocons / à foetus d'Etoiles.
Illico, / le fondement / de la connaissance,
A la grâ/ce des divi/nes sélections.
b 354
Chut, ulti/me vibration / de la Débâcle,
Une flè/che de cathédra/le pointe encor
Puis retour/nent à ces vendan/ges sexciproques.
Sans chercher / à me consoler / vers les
étoiles,
c 435
Et que mes yeux / sont ces va/ses d'Election
Je vivotais, / altéré / de Nihil de toutes
O Galathée / aux pommiers / de l'Eden-Natal!
Ou m'agacez / au tournant / d'une vérité;
d 453
Irrévoca/bles, ces sols d'impôts / abrutis!
Brouillez les car/tes, les dictionnai/res, les sexes.
(Nos découver/tes scientifi/ques étant
D'autres titu/bent sous les butins / génitoires,
e 534
- Passant oublié / des yeux gais, / j'aime
là-bas...
Rosaces en sang / d'une aveu/gle cathédrale!
Tu vas sans pouvoir / les percer, / blême de rage
Ne force jamais / tes pouvoirs / de Créature,
f 543
Croupir, des étés, / sous les vitraux, / en
langueur;
Usine de sève / aux lymphati/ques parfums.
Recroquevillant / leur agonie / aux ficelles!
La somme des an/gles d'un trian/gle, chère âme,
Si lon accepte
cette analyse, seulement 2% des alexandrins de Laforgue
nadmettent ni une scansion 6-6, ni aucune scansion ternaire ou
« trimétrique ». À ce titre, mais
nullement en alléguant une « intonation ironique
contrefaite », comme lavance Mazaleyrat, on peut donc
dire que « Ah ! Pas de ces fami//liarités, je vous
prie
» fait partie de ce très maigre reliquat
dalexandrins de Laforgue qui, dans la logique du système
métrique propre à cet auteur, nadmettent aucune
scansion de substitution et sont donc plus probablement des 6-6,
« faute de mieux » - ce qui ne sous-entend pas
une « faute de goût ».
Dautres arguments métriques viennent renforcer
cette analyse. Dans le poème dont est extrait notre vers (4),
« Les Linges, le cygne », nous rencontrons
également lun des rares autres alexandrins discordants
du poète, « De nos touchantes personnalités,
aux langes », qui nadmet lui non plus aucune scansion
de substitution et cet appariement relève sans doute
dune intention esthétique de lauteur, quelque
chose comme la volonté dappuyer plus
particulièrement dans ce texte la
« modernité » de son écriture. De
plus, (4) apparaît au sein dun réseau
dassonances en [i], le phonème revenant
régulièrement en fin dhémistiche et en fin
de vers:
(25) Cest la
guimpe qui dit, même aux trois quarts meurtrie:
« Ah ! Pas de ces familiarités, je
vous prie
»
Seule une
lecture privilégiant le 6-6 permet de faire ressortir cette
assonance, dont on voit bien comment elle valorise
lindignation, le ton de voix aiguë et prépare ce
que Mazaleyrat appelle « lironie dune
intonation contrefaite ». Mais - encore une fois - ce
nest pas cette analyse sémantique, que je ne fais
quévoquer ici, qui induit la description en termes de
6-6 et le repérage de lassonance à la fin de
chaque hémistiche; les effets de sens ne sont probables que
parce que ce vers échappe à la logique métrique
de la composition « trimétrique »
laforguienne, et je ne les suggère ici qua
posteriori. Loin dêtre « toujours un fait
de style », comme lavançait Mazaleyrat,
lanalyse de la césure savère être un
« fait » de métrique, un point cest
tout.
4. Les césures ont-elles un sens ?
Si une analyse réellement métrique de la
césure est non seulement possible mais nécessaire, il
nen demeure pas moins que lintuition mazaleyrienne selon
laquelle des vers tels que ceux cités sous (1-4) participent
à la construction du sens nest pas invalidée,
mais il faut essayer den rendre compte de manière plus
technique quen faisant appel à la
« sensibilité » du lecteur, et en prenant
en considération les acquis des § 2 et 3.
4.1. Au § 1, jai reproché à Mazaleyrat
une analyse en terme décart qui fait date, et dont on ne
saurait plus se satisfaire aujourdhui, compte-tenu des
avancées récentes dans la domaine de la pragmatique. Je
commencerai par rappeler lapport de Sperber et Wilson
(1986/1989) à la théorie de l'interprétation.
Selon eux, tout énoncé est élaboré par
rapport à un contexte donné et nest pertinent que
par rapport à ce contexte, si bien que dans une situation de
communication, le locuteur et le destinataire sont tous deux
implicitement convaincus que l'échange verbal qu'ils ont n'est
pas seulement linguistique mais aussi « contextuel ».
Si tout locuteur communique une pensée en exploitant le code
et, en même temps, le contexte qu'il sait ou suppose être
partagé par son interlocuteur, le locuteur ne traduit pas, en
général, une pensée P par un
énoncé littéral E1, mais produit un
énoncé E2, plus économique sur le plan
linguistique, qui laisse au destinataire l'initiative de retrouver un
nombre plus ou moins important d'implicatures, accessibles par
inférences, et qui devront correspondre à la solution
la plus plausible compte-tenu du contexte.
Voici une illustration de cette approche théorique,
inspirée dun exemple de Sperber et Wilson. Pierre et
Marie cherchent à louer un appartement et en visitent un dont
les murs du salon sont bleus. Pierre dit alors à Marie:
(26) Les
murs sont bleus
énoncé
dont le sens littéral est transparent, mais qui
véhiculera des significations pragmatiques très
différentes selon le contexte. Si Marie déteste le
bleu, Pierre lui signifie quil sait déjà ce
quelle pense de cet appartement, mais aussi quil faudra
changer la tapisserie, quil le fera lui-même sil
est bricoleur, ou quil nest pas question de prendre cet
appartement car ils ne veulent faire aucun frais pour
sinstaller, ou encore quil est inutile que, pour la
septième fois, elle lui précise que cet appartement ne
lui convient pas plus que les précédents à cause
de la tapisserie, etc. Si Marie aime le bleu, Pierre lui signifie
toujours quil sait déjà ce quelle pense de
cet appartement, mais, selon le ton, il peut regretter lopinion
de Marie, car lui naime pas le bleu, ou au contraire
senthousiasmer avec elle de ce quils ont enfin
trouvé un appartement avec un salon bleu, etc. En aucun cas,
pour interpréter (26), Marie nestimera
« pertinent » que (26) soit un simple constat
objectif du fait que les murs sont bleus. En effet, Pierre
nirait pas formuler une pensée quil est inutile de
communiquer à Marie puisquil sait quelle voit que
les murs sont bleus, et que Marie sait quil sait quelle
sait quil nirait pas lui communiquer une pensée
quelle a déjà et qui naurait donc aucune
pertinence puisquelle ne présenterait aucun apport
dinformation[12].
Transposons ce cadre théorique à notre sujet, et
voyons dans quelle mesure « Ah ! Pas de ces
familiarités, je vous prie
», par exemple,
peut être interprété. Soit la situation suivante:
Pierre reconduit chez elle Simone, sa collègue de bureau, et,
au moment de la faire monter dans sa voiture, il sécrie:
« Et en voiture Simone ! ». Simone
réplique par un « Ah ! Pas de ces
familiarités, je vous prie
» sans appel, avec
un accent sur le premier [i] de
« familiarités ». Pierre est bien
placé pour construire le contexte nécessaire qui
lamènera à comprendre que Simone le trouve
vulgaire, quelle nacceptera aucune de ses avances,
quelle nest pas « de ce
genre-là », etc.
Autre situation: Pierre trouve Simone assez mijaurée,
mais un jour où il y a grève du métro, il se
propose de la reconduire en voiture chez elle. Au moment de la faire
monter dans sa voiture, il sécrie: « Et en
voiture Simone ! ». Celle-ci, choquée,
sapprête à répliquer, mais Pierre la prend
de vitesse et ajoute, en imitant le timbre de sa voix, « Ah
! Pas de ces familiarités, je vous prie
».
Cette fois-ci, Pierre se fait lécho dun
énoncé quil prête à Simone, mais
auquel il nadhère pas: cest un cas traditionnel
dironie, sur linterprétation duquel le contexte ne
laisse pas de doute[13].
Passons maintenant à lemploi que fait Laforgue du
même énoncé:
(27) Vos linges
pollués, Noëls de Bethléem !
De la lessive des linceuls des requiems
De nos touchantes personnalités, aux langes
Des berceaux, vite à bas, sans doubles de rechange,
Qui nous suivent, transfigurés (fatals vauriens
Que nous sommes ) ainsi que des Langes gardiens.
Cest la guimpe qui dit même aux trois quarts
meurtrie:
« Ah ! Pas de ces familiarités, je vous
prie
»
Comme dans
lexemple précédent, nous sommes dans une
situation où le locuteur met en scène un
énonciateur - ici, la « guimpe » et,
peut-être, à travers elle, via un
procédé métonymique, la religieuse officiant
à lhôpital -, mais sans sidentifier à
lui puisque le lecteur ne peut imaginer que le locuteur, qui porte un
regard à la fois angoissé et sans concession sur les
« Hôpitaux consacrés aux cruors et aux
fanges », puisse réduire le spectacle de la
souffrance humaine à des
« familiarités ». Il y donc bien ironie,
en ceci que le locuteur ne partage pas la pensée
exprimée par lénoncé dont il se fait
lécho et quil cherche à souligner
labsurde dune attitude qui consiste à
réduire à des familiarités les souffrances
humaines évoquées dans les vers
précédents. Il est donc probable que le [i]
sixième porte un accent traduisant « lironie
dune intonation contrefaite », mais cette analyse
sinscrit dans le cadre général de la
théorie de la communication de Sperber et Wilson, et reste
indépendante, dans ses fondements, de lanalyse
métrique proposée au § 3.
4.2. Je
donnerai un deuxième et dernier exemple. Dans
Remémoration damis belges de Mallarmé,
nous avons vu que « Sinon dépandre pour baume
antique le temps » était un 6-6
« moderne », en ceci que Mallarmé avait
conservé une scansion classique pour lensemble de ses
alexandrins avec un proclitique ou une préposition
sixième. Dans lapproche qui est la nôtre, cette
analyse demeure inchangée quelles que soient les manipulations
que lon fait subir à cette occurrence, afin den
modifier linterprétation pragmatique. Dans:
(28) a
Sinon dépandre pour // baume antique le temps
b Sinon
dépandre pour // baume antique la vie
c Sinon
dépandre pour // baume antique la mort
nous avons sans doute
à chaque fois un effet de sens assez proche, avec une mise en
valeur de la construction « épandre pour »,
dont je ne chercherai pas ici à trancher si elle porte sur
laction de répandre ou détaler, et de la
métaphore subséquente. Dans:
(29) a
Sinon dépandre pour // baume tous ces parfums
b Sinon
dépandre pour // baume cette pommade
c Sinon
dépandre pour // baume ce liniment
la métaphore
napparaît plus, et seul la construction
« épandre pour baume » fait
loriginalité de lalexandrin. Enfin, dans:
(30) a
Sinon dépandre pour // parfumer notre chambre
b Sinon
dépandre pour // calmer mes rhumatismes
c Sinon
dépandre pour // le seul plaisir dépandre
d Sinon
dépandre pour // au moins quatre cent balles
le sémantisme
est de la plus grande banalité - daucuns parleraient de
« prosaïsme » -, et il ny a plus
deffet de sens autre que la transmission dune
signification assez attendue, dont les inférences varieront
selon les contextes. A travers cette série de manipulations du
vers de Mallarmé, il apparaît que lanalyse
métrique en 6-6 se maintient quelque soit
linterprétation liée au vers
considéré. Que Mallarmé ait ou non
exploitée sémantiquement la discordance, le
mètre 6-6 et la discordance mètre / phrase existent car
ils relèvent dune approche indépendante de la
sémantique.
5. En guise de conclusion
Revenons, pour
conclure, à notre problématique initiale: peut-on dire
que la discordance mètre / phrase fonctionne comme une
« figure » de rhétorique,
c'est-à-dire représente une construction formelle
spécifique qui concourt à lélaboration du
sens en engageant une procédure quelle seule peut
engager ? Les analyses présentées aux § 4.1 et 4.2
incitent à répondre par laffirmative: dans un
vers tel que « Ah! Pas de ces familiarités, je vous
prie
», seule la discordance mètre/phrase
permet de communiquer au lecteur lintonation avec laquelle
lénoncé a été formulé et
cette discordance est, bien entendu, spécifique au texte
versifié et aux contraintes formelles qui le régissent.
On peut donc avancer lidée quil existe une
« figure » propre au texte poétique
versifié, à condition, comme je lai
souligné à plusieurs reprises au fil de mon
argumentation, de distinguer la description métrique et la
description « rhétorique ». Contrairement
à ce que propose Mazaleyrat, la discordance
mètre/phrase nest pas le signe dun effet de sens
spécifique et lidentifier, ce nest pas
prédire quelle mettra en valeur telle ou telle tournure,
tel type daccent, etc. Cest seulement sautoriser
à faire intervenir éventuellement cette discordance
lorsque, pour interpréter le texte, il conviendra de
construire le contexte qui savérera pertinent, au sens
de Sperber et Wilson, c'est-à-dire le contexte qui permettra
de dégager le plus deffets contextuels possibles
grâce à un effort de calcul réduit. Par exemple,
dans lalexandrin de Mallarmé, « Sinon
dépandre pour baume antique le temps »,
personne nirait supposer que la discordance met en valeur le
[b] de « baume » et loppose
virtuellement au [p] de « paume », la
paume avec laquelle on étend la baume, etc., car cette
interprétation, certes plus riche deffets contextuels
que celle avancée par Mazaleyrat et moi-même,
demanderait un effort de calcul des implicatures tout à fait
démesuré par rapport au résultat. Mais, si elle
peut concourir à la construction dune
interprétation pertinente, la césure pourra aussi
nêtre que la manifestation formelle dune
esthétique post-classique, traduire le choix
délibéré et délibérément
insignifiant dune métrique où la concordance
entre le vers et la phrase ne constituent plus une
« règle ». Cest ainsi souvent le cas
chez le même Mallarmé, où des alexandrins tels
que:
() a
Du soir aboli par // le vespéral Phnix
b Tacites
avec des // étincelles, contez
c A
dire excepté par // une bouche défunte
d Pâle
rose comme un // coquillage marin
présentent une
discordance alors que les constructions syntaxiques sont
régulières et quil est difficile dimaginer
quune mise en relief (ou tout autre effet de sens) soit
amenée spécifiquement par la discordance, et
quelle induise un apport pragmatique pertinent.
On aura compris que, à travers ces techniques que
jai tentées dexposer dans les pages qui
précèdent, tant pour défendre et illustrer la
nécessité dune description métrique
autonome et dune analyse pragmatico-sémantique
sintégrant dans le cadre dune théorie
générale de la communication, ce que je recherche avant
toute chose, cest à retrouver le sentiment même
que pouvaient avoir les poètes des années 1860 à
1890, en essayant de prendre en considération le fait que,
pour eux, le vers libre et même le mètre ternaire et
a fortiori trimétrique étaient des formes
nouvelles quil leur fallait inventer, conquérir et
imposer, voire plus modestement esquisser pour que les
générations suivantes reculent plus encore les limites
de laudace et de linnovation. Jespère aussi
avoir fait comprendre, faute damener chacun à partager
les vues développées ici - ce qui, de toute
façon, nest certainement pas souhaitable -,
quaprès lapproche très contemporaine
quont adoptée Mazaleyrat et de nombreux universitaires
des années daprès guerre, approche marquée
par une esthétique surréaliste et
post-surréaliste, où la forme et le fond se fondent et
se confondent, il est temps de se tourner vers de nouvelles
méthodes heuristiques, en procédant non pas de
manière intuitive et approximative, mais avec un minimum de
rigueur, dobjectivité et de précision. Cest
à ce prix que lon pourra prétendre restituer la
métrique et la rhétorique dun Baudelaire ou
dun Verlaine, dun Laforgue ou dun Mallarmé.
Jean-Michel GOUVARD
Université de
Nantes - URA 1720
Sources premières
Laforgue,
J., 1979: LImitation de Notre-Dame la Lune, Des fleurs de
bonne volonté, édition de Pascal Pia, Gallimard.
Mallarmé,
S., 1983: uvres complètes I, Poésies,
édition de Carl Paul Barbier et Charles Gordon Millan,
Flammarion.
Verlaine,
P., 1989: uvres poétiques complètes,
édition de Yves-Gérard Le Dantec et Jacques Borel,
Gallimard.
Références
Blakemore,
D., 1993: « The relevance of reformulations »,
Language and Literature, volume 2, n°2, 101-120.
Blakemore,
D., 1994: « Echo questions: a pragmatic
account », Lingua, volume 94, 197-211.
Cornulier,
B. de, 1982: Théorie du vers, Le Seuil.
Franken,
N., 1995: « Lironie: essai de description dans la
théorie de la pertinence », communication
présentée au Colloque des Jeunes Linguistes,
Université du Littoral.
Gouvard,
J.-M., 1992: « Les mètres de Jules Laforgue. Pour
une analyse distributionnelle du vers de 12 syllabes »,
Cahiers du Centres dÉtudes Métriques,
n°1, Université de Nantes, 41-49 (disponible à
ladresse suivante: CEM, Département de Lettres Modernes,
Chemin de la Censive du Tertre, BP 1025, 44036, Nantes, Cedex 01).
Gouvard,
J.-M., 1993: « Frontières de mot et
frontières de morphème dans lalexandrin: du
vers classique au 12-syllabe de Verlaine », Langue
Française, n°99, 45-62.
Gouvard,
J.-M., 1994a: Recherches sur la métrique interne du vers
composé dans la seconde moitié du dix-neuvième
siècle, doctorat nouveau régime, Université
de Nantes.
Gouvard,
J.-M., 1994b: « Sur le statut phonologique de e: la
notion de e féminin dans lalexandrin de
Verlaine » , Revue Verlaine, n°2, 87-107.
Gouvard,
J.-M., 1995: « Les Énoncés
métaphoriques », Critique, n°574,
180-202.
Gouvard,
J.-M., 1996: « Les Formes proverbiales »,
Langue Française, n°110, mai.
Kleiber,
G., 1994: « Contexte, interprétation et
mémoire: approche standard vs approche
cognitive », Langue Française, n°103,
septembre, 9-22.
Martin,
R., 1992: « Irony and universe of belief »,
Lingua, volume 87, n°1/2, 77-90.
Mazaleyrat,
J., 1990[1974]: Éléments de métrique
française, Armand Colin.
Morier,
H., 1967: « Le moment de lictus », dans
Le Vers français au 20e siècle,
édité par Monique Parent, Klincksieck, 85-122.
Sperber,
D., et D. Wilson, 1986: Relevance. Communication and
Cognition, Basil Blackwell, Oxford. (Trad. fran.: La
Pertinence. Communication et Cognition, 1989, Éditions de
Minuit.)
Wilson,
D. et D. Sperber 1992: « On verbal irony »,
Lingua, volume 87, n°1/2, 53-76.
[1] 1893, v.6 (1983:404).
[2] 1875, v.15 (1989:258).
[3] 1887, v.53 (1989:442).
[4] vers 1885, v.12 (1979:58).
[5] Verlaine, sans titre, v.3 (1989:521).
[6] Dans cette optique, il est intéressant de relever les adverbes de lieu « ici » et « là », qui accompagnent presque toujours les commentaires de Mazaleyrat sur ces vers réfractaires à la norme: « ici, (la césure) souligne une construction insolite» (1990:164), « là (la césure) donne lieu à une attaque de second hémistiche sur accent oratoire de jugement affectif » (1990:165); « le glissement au ternaire, qui peut simposer ailleurs, affaiblirait ici la résonance du mot » (1990:154).
[7] v.5-8 (1989:435).
[8] Verlaine pour les trois premiers vers et Blanchecotte pour le dernier.
[9] En revanche, pour « près de » et « hors de », cest le deuxième élément qui amènerait un marquage, c'est-à-dire encore une fois « de » et non « hors » ou « près », dont le sémantisme est beaucoup plus arrêté que « de » (cf. Gouvard 1994a:113-122).
[10] Il sagit en général soit dalexandrins volontairement fantaisistes, comme « Lan de la quatre-vingt-cinquième olympiade » (chez le jeune Musset, dans La loi sur la presse, 1835), soit de vers négligés comme « Pour cela, dans son dispotaire féminin » (extrait dune farce du XVIIe siècle, écrite par Dorimond, LÉcole des cocus, 1659). Pour plus de détails, consulter Gouvard 1993 et 1994a.
[11] Pour une analyse plus poussée du e dit féminin, voir Gouvard 1994b.
[12] Bien entendu, on peut toujours imaginer que Marie est devenue aveugle et que Pierre lui indique la couleur des murs. Mais là encore le contexte intervient, puisque (26) ne serait plus un constat non pertinent, mais au contraire une information pour Marie.
[13] Sur lironie, voir Martin 1992, Franken 1995, Wilson et Sperber 1992. Sur les phrases-échos, voir Blakemore 1993 et 1994, Gouvard 1996.