REPONSE
Grâce à Jean-Louis Debauve, qui sait tout sur Laforgue et la chanson française, voici le fin mot de l’énigme :
Jules LAFFORGUE (avec deux « F »), né à Gourdon dans le Lot (études de droit à Toulouse, avocat) est un homonyme de l’auteur des « Complaintes », et souvent confondu avec lui. Il prit par la suite le pseudonyme de Pierre Calel, sans doute pour éviter la confusion. Il publie jusque dans les années 1940.
En 1924, dans sa thèse (« Jules Laforgue, sa vie, son œuvre ») François Ruchon avait déjà souligné cette confusion entre les deux Laforgue – qui se retrouve encore en 2000 dans l’édition de « Dix ans de Bohème » d’Emile Goudeau par J.D. Wagneur (à qui J.-L. Debauve l’a signalée).
Jules Lafforgue (avec deux « f ») a connu une certaine notoriété grâce à deux poèmes, « Les Vieilles de notre pays » et « Le vieux ruban », mis en musique. C’est pour le premier de ces poèmes qu’il est le plus souvent confondu avec l’auteur des « Complaintes » : publié dans le recueil de poésies « Premiers Pas » (Lemerre, 1898), devenu chanson populaire, il a été enregistré dans les années 1930 par le célèbre baryton Julien Feugère.
Jules Lafforgue (avec deux « f ») est également cité pour deux vers mentionnés par F. Ruchon :
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J’ai vu des poètes infâmes Dire des vers sur des tréteaux… |
Voici, pour que vous puissiez en juger, le poème incriminé, qui n’est PAS et n’a jamais été de Jules Laforgue (1860-1887) :
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Les vieilles de notre pays Ne sont pas des vieilles moroses Elles portent des bonnets roses Des fichus couleur de maïs Les vieilles de notre pays.
Elles s’en vont tout doucement Les jours où le soleil fait fête En remuant un peu la tête S’arrêtant à chaque moment Elles s’en vont tout doucement.
En riant derrière la main Elles se disent à l’oreille Des riens qu’elles ont dits la veille Et rediront le lendemain En riant derrière la main.
Elles médisent bien un peu Mais si peu que c’est ne rien dire Puis il faut bien parler et rire Les soirs d’hiver au coin du feu Elles médisent bien un peu.
Elles iront au Paradis Car elles ne manquent pas messe Et sont fidèles à confesse Depuis les galants de jadis Elles iront au Paradis.
La bonne Vierge et le bon Dieu Qu’elles ont tant priés sur terre Leur feront la vie bien légère Et bien court le dernier adieu La bonne Vierge et le bon Dieu.
Les vieilles de notre pays Ne sont pas des vieilles moroses Elles portent des bonnets roses Des fichus couleur de maïs Les vieilles de notre pays,
Les vieilles de notre pays. |