La vente de la Bibliothèque littéraire Charles Hayoit a été la première vente en France de Sotheby's.

Voici les éléments laforguiens  du Catalogue :

I Laforgue, Jules  LES COMPLAINTES [DE JULES LAFORGUE] . Paris, Léon Vanier; 1885

Estimé 8.000-12.000 FF 1.200-1.850 €  Vendu 24.205 FF

EDITION ORIGINALE DE LA PREMIERE OEUVRE PUBLIEE DE L'AUTEUR

EDITION ORIGINALE. 12mo (183 x 114 mm). Pas de grand papier.

TIRAGE: édition limitée à 511 exemplaires.

PIECES JOINTES:

-poème autographe de Jules Laforgue, quatorze vers en sept distiques intitulés "Dimanche". Une jeune fille pauvre s'échappe d'un cortège de pensionnaires en promenade pour se jeter dans le fleuve (s.l.n.d:, une  page  4to.);

-courte note manuscrite de Pierre Louÿs: "Un voyage d'exploration à travers la poésie française doit parcourir mille poètes entre Pierre de Ronsard et Jules Laforgue. Il dure vingt ans" (Voir ci dessous)

RELIURE signée par Semet & Plumelle. Maroquin bleu nuit, encadrement de filets à froid, dos à nerfs orné de même, doublures de maroquin cerise à large encadrement de filets à froid et dorés, gardes de soie ponceau, tranches dorées sur témoins, couverture et dos conservés. Exemplaire à toutes marges. Dos légèrement passé.

REFERENCES : Talvart, X, p. 356-Vicaire, Iv; p. 934.

 

Les Complaintes devaient originellement intégrer dans leur titre le nom de l'auteur, qui dut trouver un compromis avec l'éditeur réticent: elles sont "de Jules Laforgue" sur la couverture, "par Jules Laforgue" sur la page de titre. Elles définissent, avant les premières tentatives symbolistes, une esthétique fondée sur un constant décalage, décalage entre une musicalité berçante et des cloche-pied poétiques, entre une certaine préciosité langagière et des ruptures de registre soudaines, entre un spleen enveloppant et les pointes acides ou blagueuses qui le traversent. Ce lyrisme singulier, douloureusement retenu, est bien celle d'un auteur qui désirait s'inscrire nommément dans son reuvre plaintive.

Le poème manuscrit joint, "Dimanche" fut publié d'abord dans la revue bruxelloise L:Art modeme', le 9 octobre 1887, puis dans la 'revue indépendante', avril 1888. Il fait partie du recueil Des fleurs de bonne volonté, qui ne sera publié qu'en 1891, après la mort de Laforgue. Il comporte neuf distiques.

La bibliothèque littéraire J. Doucet conserve un brouillon avec deux distiques supplémentaires. La version de ce manuscrit joint -jusqu'ici non signalé­ ne comporte que sept distiques et pourrait être le premier état de ce poème.

 

 

Note manuscrite de Pierre Louÿs (s.l.n.d., carte saumon, encre violette avec ratures) jointe à l'édition originale des Complaintes.


 

II. Laforgue, Jules  LE CONCILE FEERIQUE  Paris, Publications de La Vogue, 1886

TRES RARE EDITION ORIGINALE

Estimé 12.000-16.000 FF   1.850-2.450 €

Vendu 14.100FF  2150 €

 

EDITION ORIGINALE. 8vo (218 x 135mm).

TIRAGE: exemplaire n° 22 d'une édition limitée à 50 exemplaires sur Hollande justifiés et paraphés par le directeur de la revue, avec, sur la couverture, l'étiquette de l'éditeur Léon Vanier.

RELIURE signée par A. & R. Maylander. Demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs orné, tête dorée, couverture conservée. Exemplaire à toutes marges.

Petite restauration au premier plat de la couverture.

En 1886, Laforgue cessa de travailler aux deux poèmes qu'il avait pensé réunir sous le titre Des fleurs de bonne volonté et publier, comme Les Complaintes, chez Léon Vanier. Il puisa dans l'ouvrage abandonné des idées, des images, des vers que l'on retrouve notamment dans le Concile féerique. Ils ont de Laforgue toute la mélancolie virtuose, pudiquement moqueuse, et comme désaccordée. Avant cette édition originale, qui est la dernière publiée du vivant de l'auteur,

le Concile féerique parut dans la revue La Vogue, 12 juillet 1886. Des fleurs de bonne volonté seront publiées en 1890, après la mort de l'auteur. Le Concile féerique sera représenté au Théâtre d'art en janvier 1892, avec Les Aveugles de Maurice Maeterlinck


 

III. Laforgue, Jules,  MORALITES LEGENDAIRES Paris,  Librairie de la Revue indépendante, 1887

Estimé 10.000-15.000 FF 1.500-2.300 €

Vendu  47.000 FF 

MANUSCRIT UNIQUE D'UN POEME ABONDAMMENT RETRAVAILLE,  PREMIERE EDITION posthume. 12mo (200 x 135 mm).

ILLUSTRATION: portrait de l'auteur à l'eau-forte par Emile Laforgue.

TIRAGE: exemplaire n° 3, un des 20 exemplaires de tête sur grand vélin français à la cuve, hors commerce.

PIECES JOINTES:

-second état du portrait de l'auteur, en bistre;

-poème autographe de Jules Laforgue, cinq quatrains d'alexandrins portant le titre "Désolations", et en haut à droite "Les Psaumes du vent" (s.l.n.d, une page 8vo pliée). Une errance face au vent, dans la forêt d'automne, arrache au poète des plaintes proprement baudelairiennes, qui n'ont pas le ton railleur et grinçant adopté ailleurs par Laforgue. Diérèses et rejets font entendre un spleen lancinant et sans cesse relancé :

"Oh! Qu'il est éternel le vent dans les grands chênes!

C'est comme un hosanna de désolations

Qui passe, puis s'apaise en lamentations

Sans fin dans des rumeurs de cascades lointaines."

RELIURE signée par E. Maylander rel. et dor. Maroquin grenat, encadrement de filets dorés entrecroisés, dos à nerfs orné, gardes de tabis rouge, tranches dorées sur témoins, couverture conservée.

Petite restauration habile au dernier plat de la couverture.

REFERENCES: Talvart, X, p. 357-Vicaire, Iv; p. 934.

Cette édition de 1887 suivit de quelques semaines seulement la mort de l'auteur.

Elle fut scrupuleusement rapportée au dernier texte approuvé par lui.

Le poème joint fait partie des poèmes non publiés du vivant de l'auteur. Il sera seulement édité en 1970 d'après ce manuscrit, qui est réputé le seul connu.