
Quand
le rêve devient réalité :
le
tome III des uvres complètes de Jules Laforgue
Lachèvement des Oeuvres complètes de Jules
Laforgue, commencées en 1986 aux éditions de lAge
dHomme, devenait, pour les admirateurs du poète, une
sorte de mythe et beaucoup se demandaient si, après la
parution du tome II au moment des grèves de décembre
1995, le volume nallait pas attendre encore dix ans avant de
voir le jour.
Heureusement il nen est rien et ce tome III, qui sera
sans doute légèrement plus important que les
précédents puisque cest le dernier,
paraîtra sans doute à la fin de 1998 ou peut-être
un peu avant1.
Cette parution est loin de relever du mythe, car déjà
plus de 200 pages ont été corrigées en
premières épreuves; ce qui finalement naura pas
été forcément préjudiciable car nous
avons pu dans lintervalle découvrir plusieurs textes
inédits et en collationner dautres quon
désespérait de retrouver.
Contrairement à ce quaurait pu laisser penser le
titre initial qui a été écarté, ce tome
nest pas composé uniquement doeuvres posthumes,
inédites ou non, car divers textes, notamment pour la critique
dart, avaient paru du vivant de lauteur; à la
différence des deux précédents il est donc
thématique plus que chronologique, avec une répartition
en quatre grands groupes : la critique littéraire, la critique
dart, louvrage sur Berlin et les pages diverses, la
plupart des variantes étant toutefois écartées.
Lensemble est précédé dune
introduction très détaillée, faisant
lhistorique des manuscrits, dont nous avons donné
déjà un aperçu dans de précédents
articles, mais que nous avons centré ici essentiellement sur
les manuscrits, avec de nouvelles précisions inédites.
Nous y avons joint avec le professeur Walzer des documents divers
dont une très importante biographie inédite par son
frère Emile, communiquée par la famille.
La partie intitulée « critique
littéraire », qui est loeuvre de Daniel
Grojnowski, a déjà été publiée en
grande partie par ses soins et les nôtres; il sy ajoutera
quelques pages non encore reprises. Malheureusement nous navons
pu retrouver la plupart des manuscrits.
La critique dart et lesthétique,
traitées par Mireille Dottin-Orsini, est quantitativement
assez importante. Outre les articles parus du vivant de Laforgue et
souvent dénaturés par la Gazette des Beaux Arts
(certains ont pu être rétablis à partir de sises
au net manuscrites), elle comprend tous les posthumes donnés
par Félix Fénéon, beaucoup revus sur
lautographe, comme les notes sur lart moderne en
Allemagne et le musée du Luxembourg, et de très
nombreux inédits dont la reconstitution par nos soins a
souvent été très difficile, même pour les
manuscrits originaux en notre possession venant du fonds Jean-Aubry.
On trouvera notamment dans cette partie des notes prises dans divers
musées allemands, une longue étude sur lart
flamand, des notes sur la correspondance de Delacroix
(publiées initialement par Michèle Hannoosh), deux
importantes séries de notes sur le Salon de 1886 et
lexposition internationale de la même année dont
le texte a été établi par nos soins, et la
traduction de larticle allemand du docteur Treu :
« Devons-nous peindre nos statues? » que
lon croyait perdue et dont nous venons, il y a quelques
années, de retrouver une transcription dactylographiée
par les soins de René-Louis Doyon à la
Bibliothèque de Bruxelles. Les textes publiés par
Fénéon ont été parfois
complétés de passages quil avait cru devoir
écarter. Mais il y a aussi une certaine quantité de
notes très diverses difficilement classables ou rattachables
à une autre série qui seront présentées
dans un ordre peut-être arbitraire, mais acceptable, pour ne
pas trop décourager le lecteur.
Le volume sur Berlin posait moins de problèmes.
Malheureusement le manuscrit original ayant servi à Jean-Aubry
et qui était passé entre les mains du libraire
Loliée na pu être retrouvé, alors que des
rectifications étaient nécessaires, si lon en
juge par celles qui ont été faites pour les chapitres
publiés en 1887 dans le supplément littéraire du
Figaro. qui ont été revus sur
limprimé, ce que navait pas fait Jean-Aubry. A
cette partie traitée par P.-O. Walzer, sajouteront
quelques notes éparses sur lAllemagne, difficiles
à classer ailleurs, dont la présentation est en cours
délaboration.
Une des parties les plus importantes du volume avec la
critique dart, est composée de notes diverses dont la
présentation est assurée par nos soins, et qui peut se
diviser en six groupes principaux. Le premier est constitué de
proses poétiques et de notes antérieures aux
Complaintes, en grande partie inédites, toutes dans
lesprit du Sanglot de la Terre. Nous avons ensuite des
notes de carnets, dont lobjet est souvent très divers,
mais quil était impossible de dépecer. Lun
de ces carnets a même fait lobjet dune
reconstitution à partir des manuscrits originaux.
Le troisième grand groupe de textes
de cette série est composé de nouvelles et de
fragments de romans, en grande partie inédits et dont une
seule : Mésaventure berlinoise avait paru du vivant de
lauteur. Deux autres nouvelles sont complètes. La
première : Clara la cigale, uvre de 1878 ou 1879,
est inédite. La seconde : Mort étrange de la femme
dun professeur [
] était restée
inconnue de tous les laforguiens, bien quelle ait
été publiée par Th. de Wyzewa dans lArt
moderne de Bruxelles en 1888. Nous lavons
découverte il y a quelques mois en consultant une collection
complète microfilmée entrée récemment
à la BN de cette revue qui était peu accessible
à la bibliothèque de Bruxelles, et en avons
donné une reprise en avant-première avec une
présentation abrégée dans la Quinzaine
littéraire de septembre 1997. Le reste du groupe est
composé de fragments se rapportant à cinq oeuvres de
fiction en prose, souvent fort beaux : Un raté
(1881-1882, publié partiellement dans la RSH), Faust
en habit noir, Histoires de femmes, LIle, et Saison (qui aurait
été de loin le plus important car nous en avons
réuni 33 fragments). Sy ajoutent une quinzaine de
fragments très divers difficilement classables dans les autres
récits, soit en raison du nom des personnages, soit en raison
du contexte. Cette partie a été très difficile
à établir, car beaucoup de passages ne nous ont
été communiqués quen photocopie par un
libraire qui a ensuite disposé des originaux qui provenaient
de la partie des papiers restés au Mercure de France et que
nous navons pu consulter. Un grand nombre étant au
crayon, de nombreux mots sont restés indéchiffrables et
nous avons même été contraints
décarter quelques pages dont seules un ou deux mots
étaient lisibles. Et même pour celles qui sont en
original dans notre collection ou nous ont été
communiquées par des collectionneurs, un doute peut subsister
sur leur répartition entre les différents récits
et même leur place à lintérieur de chacun.
Pour cette raison, nous avons la plupart du temps
écarté le classement initial de Félix
Fénéon qui cherchait avant tout à publier des
documents bruts, dans la crainte dune dispersion
éventuelle, en adoptant un classement cohérent, mais
pas forcément définitif. Nous avons dailleurs pu,
en collationnant les autographes, rétablir des groupes de mots
ou de phrases quil avait cru devoir écarter, surtout
quand ils étaient peu lisibles. Mais son excuse est que
Laforgue ne détruisait pratiquement aucun papier et conservait
le moindre fragment, même dun intérêt
restreint. Il subsistera donc dans ce volume une part
inévitable darbitraire.
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Viennent ensuite une série de notes sur la femme
comportant la suite des dragées parues dan la Vogue,
mais reclassées par manuscrit; les notes parues dans la
Revue anarchiste et un supplément de notes diverses sur le
même sujet, certaines venant des publications de
Fénéon. Nous devons seulement regretter que notre ami
David Arkell qui était déjà très
fatigué ait refusé de nous donner une étude sur
Laforgue et la femme quil était le seul à pouvoir
écrire et qui aurait introduit cette section.
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La cinquième partie est constituée de notes
philosophiques, vraisemblablement inspirées par Hartmann et
des auteurs quil lisait en 1880-1881, et dont une partie reste
encore à déchiffrer. Là aussi, lordre de
présentation sera un peu arbitraire car, faute de temps, il
nous est impossible de nous pencher à fond sur les uvres
des philosophes lus alors par Laforgue.
Le reste sera enfin constitué de notes très
diverses absolument inclassables ailleurs, dont la plupart sont
inédites : on y trouvera par exemple des descriptions de
paysages, des réflexions diverses, des suites de mots
rassemblés probablement pour une recherche de rime, etc.
quil était difficile décarter, même
si de prime abord leur intérêt nest pas
forcément évident.
Le volume comprendra enfin une suite de luvre
graphique (il faut souhaiter que limpression en soit meilleure
que celle des volumes précédents) avec un
suppléments de croquis de lépoque du
Sanglot, des dessins dart, souvent fort beaux et des
dessins divers dont certains semblent des observations faites en
Allemagne. Il se terminera par un supplément aux deux tomes
précédents avec des vers du Sanglot de la Terre,
quelques nouvelles lettres à sa sur et une minute de
Paul Bourget à Laforgue, avec à la suite les errata et
corrections nécessaires.
La bibliographie sera intégrale jusquen 1905 et
ensuite plus sélective sauf peut-être pour les
publications récentes, cette partie étant
traitée par P.-O. Walzer. Noublions pas enfin la table
des noms qui reste indispensable.
En létat davancement de ce dernier tome, il
reste encore un certain nombre de fragments à transcrire, soit
à partir des originaux en notre possession, quil faut
revoir malgré un premier déchiffrement effectué
il y a vingt-cinq ans, soit à partir de photocopies du
résidu du fonds du Mercure dont navait pas
disposé Jean-Aubry. La responsabilité du
déchiffrement des manuscrits nous a incombé
entièrement, sauf pour une partie de ceux des
Moralités légendaires. Nous avons
également repris pour P.-O. Walzer celui des Fleurs
conservé à la bibliothèque Doucet. Mais ce
travail était facilité par notre résidence
parisienne et la fréquentation habituelle de la plupart des
marchands dautographes de la capitale. Il restera encore
à retrouver le manuscrit de Berlin et la partie des
lettres à Gustave Kahn qui a été un moment entre
les mains du professeur Mondor qui sen est ensuite
séparé (sinon elles auraient été
léguées à la bibliothèque Doucet), enfin
les lettres à Paul Bourget dont on ne peut croire
quelles aient absolument disparu puisque lune delle
se trouve dans une collection privée et quil passe
régulièrement en vente des correspondances et papiers
venant de lécrivain. Malheureusement en
létat actuel davancement du volume, il serait
difficile, en cas de découverte inopinée, de les y
insérer.
Jean-Louis Debauve