Daniel Grojnowski, Paris VII.
J. Laforgue et les usages du mythe.
1.
On ne rencontre pas, dans les
écrits de Laforgue, de réflexion sur le mythe, ni
même de référence à cette notion. Il est probable qu'il n'a
jamais utilisé un terme qui, au XIXe siècle,
désigne l'histoire de dieux ou de héros relevant d'une
tradition : biblique, gréco-latine ou encore nationale.
Baudelaire, dans son essai sur Richard Wagner, parle
indifféremment de "mythe", de "fable", de "légende",
manière de désigner un argument culturellement
consacré, qu'un auteur reprend à son compte. Pour
Laforgue, un tel répertoire offre l'intérêt
d'exploiter toutes sortes de personnages associés à des
scénarios connus du lecteur : comme c'était
déjà le cas dans Les Complaintes pour le roi de
Thulé, par exemple. On se souvient des titres auxquels il
songe, lorsqu'il envisage de publier un recueil de nouvelles. Tous se
réfèrent à une tradition, pour ne pas dire
à des lieux communs, et ils n'excluent pas le conte moral,
à la manière de Marmontel : "Vieux canevas", "Fabliaux
d'antan", "Moralités légendaires", "Sachets
éventés"[1].
On se souvient aussi des sujets auxquels il compte se consacrer,
dès qu'il a terminé "Hamlet", la première de ses
Moralités : "Corinne au Cap Misène" et
"Marlborough s'en va-t-en guerre"[2].
Dans le premier de
ces récits, l'héroïne, provenue d'un roman
célèbre de Madame de Staël, sera soumise aux
contraintes de la vie matérielle la plus triviale, quand elle
se trouve ensevelie à Ischia, deux jours durant, avec Lord
Oswald, à la suite d'un tremblement de terre :
"[ils] mangent, font leurs besoins, etc., deviennent
nature", écrit Laforgue dans son synopsis (Salomé est
punie, elle aussi, pour avoir refusé de vivre à la
"bonne franquette")[3]. Marlborough, la
moralité mentionnée dans la même lettre à
Gustave Kahn, est très exactement contemporaine d'un volume
initialement destiné aux éditions Jules Lévy,
qui sera en fin de compte diffusé par Léon Vanier, une
Histoire de Marlborough constituée d'une cinquantaine
d'illustrations historiques et guerrières, dues à la
plume de Caran d'Ache (le commentaire, sobre et factuel, est
rédigé par Jules de Marthold). Mais le titre que
retient Laforgue se réfère surtout à la chanson
populaire qui décline la mort du général anglais
en vingt-deux couplets désinvoltes. Après la
cérémonie funéraire, relate l'un des derniers,
les compagnons du défunt se retirent chez eux, les uns avec
une femme "et les autres tout seuls ":
Ce
n'est pas qu'il en manque
Mironton,
mironton, mirontaine
Ce
n'est pas qu'il en manque
Car
j'en connais beaucoup (ter).
On ne sait rien de la version qu'envisageait d'écrire Laforgue. On peut simplement rêver au croisement de l'Histoire (la carrière d'un illustre général) et des effets tour à tour pathétiques, burlesques, poétiques, que produit l'annonce de sa disparition, dans une chanson de consonance folklorique : "Sur la plus haute branche / Un rossignol chantait".
Quoi
qu'il en soit, Laforgue, dans chacun des sujets qu'il retient,
exploite un fonds commun (un fonds de commerce, si on veut) qui lui
permet d'établir une complicité immédiate avec
son lecteur : "La mythologie est un dictionnaire
d'hiéroglyphes [...] connus de tout le monde",
écrivait Baudelaire[4].
Le caractère hiéroglyphique de ce
répertoire permet à la fois de mettre au jour le
versant énigmatique d'un "type" (l'inertie de Hamlet, la fuite
de Lohengrin) et de projeter sur lui des préoccupations
intimes : les figures exemplaires provoquant à la fois
l'expression du "moi" et sa mise à distance.
A la fin du XIXe
siècle, l'esthétique symboliste diffuse à l'envi
une multitude de personnages comme le Polyphème de Samain, le Prométhée de
J. Lorrain ou l'Eve de van Lerberghe : une veine qui féconde
encore les écrits d'Apollinaire (son culte d'Orphée) ou
ceux de Valéry (Narcisse ou la jeune Parque). Autant de sujets
que G. Moreau, les Pré-raphaélites anglais avaient
depuis longtemps exploités, en exposant la nostalgie d'un Age
d'or où l'artiste et le poète sont censés
pouvoir se ressourcer. Pourtant, au moment
où Laforgue se tourne vers ce genre de héros, le choix
ne va pas de soi. Il n'a du reste cessé d'hésiter
entre une option vériste dont font état divers projets
romanesques : Un Raté, Saison, ou encore la
correspondance autographiée d'Aline et de Jeanne, deux
élèves à l'"hérédité
détraquée" d'un pensionnat louche, qui devait figurer
dans un roman qu'il raconte à Charles Henry[5].
Et, par ailleurs, l'exploitation de héros
pré-fabriqués, comme un Prométhée "en
habit noir", comme le Pierrot de ses poèmes ou de sa
pantomime, qui lui permettent d'élaborer une formule de
compromis, puisqu'ils sont introduits dans le décor de la vie
contemporaine, ce qui se passe déjà avec le Pierrot
sceptique de Huysmans et Hennique ou avec le "Pierrot fumiste" de
Willette.
L'option "mythe" ou "légende" comporte, dans les
années 1880, des implications que les contemporains
perçoivent clairement. C'est ainsi que divers comptes rendus
du Salon de 1876 reprochent à la Salomé dansant
devant le roi Hérode de G. Moreau son caractère
proprement inintelligible : le tableau apparaît comme une
oeuvre cabalistique qui tient le spectateur en échec, au point
que Zola, dans son article du Messager de l'Europe, non
seulement renonce à en chercher le "sens profond", mais se
contente de reproduire longuement (une bonne quinzaine de lignes) la
description de l'oeuvre telle que la propose à ses lecteurs un
confrère enthousiaste[6].
Non que Zola ignore l'épisode de l'Evangile transposé
par le peintre, mais parce qu'au regard d'un défenseur des
"actualistes", de Courbet, de Manet, comme au regard de tous les
adversaires de la peinture académique, ce genre de sujets est
devenu obsolète, qu'il substitue à l'expression
personnelle des représentations convenues. Lorsque Huysmans,
dans A rebours, fait rêver des Esseintes devant des
oeuvres de Moreau ou lorsqu'il lui fait apprécier
Hérodiade, L'Après-midi d'un faune, il
sape les fondements du credo naturaliste. Son coup de force
légitime l'entrée du mythe dans une fiction
vouée au monde contemporain.
Par toutes sortes de considérations, ce
célèbre chapitre V prend une valeur programmatique : le
mythe interfère avec le référent "réel",
pour produire une infinité de références qui
sont à la fois culturelles et personnelles. Si Laforgue n'a
pas les mêmes raisons que Huysmans de contrecarrer les
postulats des amis de Médan, il n'en reste pas moins que les
implications de son choix demandent à être
explicitées.
2.
Les études qui portent sur le mythe, au XIXe
siècle, y discernent un sens métaphorique. Celui-ci
peut être cosmique, historique, religieux, poétique.
Dans tous les cas, il traduit une représentation primitive
formée au temps des Commencements. C'est cette conception que
divulguent un certain nombre de "maîtres" qui, comme Wagner,
Baudelaire ou Mallarmé, résistent aux pressions du
monde contemporain, aux aléas de l'Histoire et des conflits
auxquels sont en proie les sociétés en voie de
laïcisation. Ces auteurs renouent avec une religion de l'art
selon laquelle toute parole poétique est une expression
sacrée.
Les
Quatre Poèmes d'opéras de Richard Wagner sont
"traduits en prose française" en 1861. Ils sont
précédés d'une longue "Lettre sur la musique"
qui prend valeur de manifeste. Wagner y expose sa recherche d'une
"matière poétique idéale", apte à
accomplir son ambition: "je me voyais nécessairement
amené à désigner le mythe comme
matière idéale du poëte. Le mythe est le
poëme primitif et anonyme du peuple, et nous le trouvons
à toutes les époques repris, remanié sans cesse
à nouveau par les grands poëtes des périodes
cultivées"[7].
Le mythe permet une expression des invariants de l'expérience
humaine par le délestage des accidents et des anecdotes
qu'imposent les conjonctures historiques. Parole essentielle, il rend
intelligible le mystère du monde, car il s'attache à
mettre au jour schèmes et figures archétypiques.
Baudelaire
divulgue aussitôt cette entreprise dans un long article :
"Richard Wagner et Tannhäuser à Paris"[8].
Il cite abondamment le compositeur allemand, en approuvant ses
options esthétiques. Par la restitution d'un "poëme
primitif", l'artiste des temps modernes renoue avec "le
caractère sacré, divin du mythe"[9].
Parce qu'il est tout à la fois poète et critique, il
assure l'émergence d'une parole première dont le public
a perdu le souvenir. Dans les passages les mieux inspirés de
son article, Baudelaire évoque en quels "lieux hauts" le
transporte l'oeuvre de Wagner et quelle opération
spirituelle", quelle "révélation" il en attend[10].
A l'instar des études savantes, il signale les ressemblances
entre des légendes de différentes contrées, il
reconnaît les héritages qui se transmettent entre les
fables, d'une génération à l'autre. Toutefois,
sans nier "la fraternité ou la filiation" qui les associent,
il y discerne des constantes propres à la nature humaine:
"Rien de plus cosmopolite que l'Eternel"[11].
L'adaptation
des Dieux antiques (1880) que Mallarmé publie de son
côté, d'après l'ouvrage du britannique
Georges-William Cox, met l'accent sur les origines communes d'un
patrimoine auquel participent toutes les cultures (la Grèce,
l'Inde, la Norvège, etc.) aussi bien que tous les modes
d'expression, des poèmes épiques aux contes pour
enfants[12].
Non seulement les ressemblances entre des fables si
éloignées les unes des autres ne peuvent être
accidentelles, mais elles procèdent d'une source commune qui
est celle du langage, "de la signification première des
mots"[13].
On a dit que pour M. Müller, le mythe est une maladie du langage
: mieux vaut parler de "construction" verbale. La Mythologie
présente un recueil de "on-dit" que les peuples modernes, plus
que les époques classiques, sont en mesure de découvrir
sous "leur forme primitive", grâce aux apports de
l'érudition qui en révèle la beauté et la
vérité[14].
Quelles
que soient les implications des recherches savantes ou des
vulgarisations qui concernent le corpus des mythes, des contes et
légendes, elles sont pareillement hantées par une
quête des origines - des scénarios premiers et des
figures primitives - de "sources" auxquelles elles remontent par des
constructions syncrétiques, étymologiques ou, tout
simplement, par l'intuition poétique. Pascal Quignard expose
par une parabole cette croyance en un matériau conçu
comme pur contenu, un "morceau" qui serait débité et
communiqué tel quel au public : "Le consommateur, le boucher,
le nomothète, le naturaliste, le philosophe, le
théologien ne travaillent que sur du langage sacrifié,
que sur du postmythique, que sur du logos
prédécoupé" (Rhétorique
spéculative)[15]. Si je comprends bien son
observation, le postmythique reproduit à l'identique un
savoir juridique, philosophique ou religieux, en des
énoncés qui ne portent la marque d'aucun
énonciateur, comme s'ils se produisaient sans
"écriture", opérant en quelque sorte dans le refus de
toute expression littéraire.
Pour la pensée symbolique, dont le Symbolisme
européen ne représente qu'un avatar, les mythes des
différentes cultures constituent un matériau
antérieur aux transpositions qui les altèrent
jusqu'à les dénaturer - un matériau que le
Poète a charge de recouvrer. Le retour au mythe tend à
réparer une perte du sens originel, qui s'est
perpétuée dans la longue durée. Le mythe
représente une donnée fixe, figée pour
l'éternité, qu'il revient à l'artiste de
restituer.
3.
Laforgue
est loin, bien entendu, d'adopter ces positions tranchées,
pour toutes sortes de raisons. D'abord parce qu'il adhère
davantage à des mythes métaphysiques qu'à des
figures consacrées. L'Inconscient de Hartmann, force obscure,
aveugle à elle-même, ne relève pas d'un
répertoire de sujets à traiter mais d'un principe
d'écriture. Si les sujets que traite Laforgue le plus
volontiers intéressent une étude comparée, c'est
apparemment à son corps défendant. Les moralités
se conforment toutes, en effet, à une structure de fuite que
provoque chaque fois le partenaire sexuel, et en particulier (mais
pas exclusivement) la jeune femme au regard de son prétendant.
Pierrot fumiste donnait déjà l'exemple d'une telle
"débandade", comme si l'"autre sexe" ou la chose sexuelle
opposaient au désir un obstacle insurmontable. Aux
études de mythologie comparée d'hier se sont
substituées depuis longtemps des "lectures psychanalytiques"
dont les clefs empruntent souvent des formes de passe-partout :
l'horreur sacrée que produit la relation charnelle est par
trop apparente dans les scénarios laforguiens pour inciter
à l'analyse - sauf à penser que cette explicitation
cache une "image dans le tapis".
Par
ailleurs, en dépit de la sévérité qu'il a
pu exprimer, dans un article de jeune homme, à l'égard
des "tapages d'Offenbach"[16],
Laforgue participe à la dérision dont font l'objet les
héros légendaires. Des caricatures de Daumier à
l'égard des dieux et des héros de l'Antiquité
à la Mythologie Tintamarresque, la conversion burlesque
de la Fable apparaît de longue date comme un exercice
d'école - parfois comme un jeu de potaches.
La Fable se prête aux bouffonneries de l'opéra
(La Cenerentola de Rossini), même si les titres
que mentionne Laforgue dans son Carnet de 1883 montrent que la
Cour de Berlin préfère Lohengrin ou
Carmen à de telles facéties[17].
Les plaisanteries musicales ont connu, en France, leur plus grande
vogue au moment même où Wagner expose sa volonté
d'unir étroitement par le Drame musique et poésie. Dans
une lettre à Ludovic Halévy, Jacques Offenbach,
encouragé par le succès inespéré
d'Orphée aux enfers, propose des agréments pour
leur prochain sujet : "Comme les Anglais envoient partout des
correspondants en temps de guerre, on pourrait peut-être
employer ce moyen pour notre Prise de Troie. Homère
correspondant du Times ; si, comme personnage
épisodique, il peut entrer dans le cadre, faites-le"[18]. Les
Moralités, on le sait, tirent volontiers parti de ce
genre de galéjades qu'a brillamment illustrées le
maître de l'opéra-bouffe :
Nous
naissons toutes soucieuses
De
garder l'honneur de l'époux,
Mais des circonstances fâcheuses
Nous
font mal tourner malgré nous
[
]
Dis-moi,
Vénus, quel plaisir trouves-tu
A
faire ainsi cascader la vertu ?
(La Belle Hélène, Acte II, scène
3).
Même s'il aspire à faire oeuvre d'"artiste", Laforgue est fidèle à cet esprit de dérision que les Hydropathes et le Chat Noir ont mis au goût du jour, et dont les versions burlesques écrites "D'après les Maîtres" par Robert Caze donnent des exemples alors tout récents[19]. Au demeurant, ces nombreuses parentés incitent à discerner où se situe la différence.
Les
implications ludiques de Laforgue, dans les Moralités,
sont manifestes. Il y joue sur tous les tableaux, dans une
orchestrations d'effets qui les accomplissent en parodies de
célébration. Il expérimente une
interprétation libre de modèles
vénérables empruntés à Shakespeare,
Flaubert ou Wagner, qu'il ré-écrit, en même temps
qu'il les sur-écrit. Par cette pratique du mythe
littéraire, il réfute son statut de scénario
exemplaire. Car il le conçoit comme un palimpseste. S'y
inscrit une succession de références formant un
"feuilleté" textuel où interfèrent toutes sortes
de versions, celle qu'on lit enregistrant celles qui l'ont
précédée tout en en programmant d'autres, qui
sont à venir. Ainsi mises en oeuvre, les Moralités
révèlent que toute version d'un mythe est
nécessairement perçue dans les rapports qu'elle
entretient avec d'autres versions auxquelles elle se
réfère, parfois sans le savoir : non pas duplication
même modifiée, actualisée d'une
parole originelle, mais événement unique et singulier.
Une telle pratique impose une posture de lecture différente de
celle qu'appelle la relation d'un récit "vrai".
Elle fait savoir qu'il n'existe pas de version
première, que toute version est version d'une version, l'une
des variations et des réinterprétations produites
à l'infini par la littérature. Et que l'écriture
se définit comme une célébration de la
contingence.
A tout moment présent dans son récit, le narrateur transforme une Histoire consacrée en objet de paroles qui se déroulent à l'improviste. D'où les apartés, les parenthèses intempestives, les embrouillaminis de la syntaxe, des couplets, des monologues - ceux de Hamlet, de Salomé, du Pope des Neiges, de Pan, d'Andromède - qui mettent en miroir une narration oralisée, aux allures d'impromptu. Manière de convertir l'Eternel en péripéties qui s'enchaînent au fur et à mesure, ponctuées par les inflexions d'une voix que le lecteur croit prendre en flagrant délit d'invention : "Étrange, étrange, en effet, cette plaque d'émail [...] Approchons-nous, de grâce" ; ou : "Il faudrait la plume de Hamlet pour vous servir le sentiment de la beauté de Kate" ; ou encore : "Il fait grand jour [ ] Oh, qu'est-ce qui s'apprête ?". Tout se passant comme si les événements advenaient à l'aventure, comme si le récit se rédigeait dans "les déviations occasionnées par les trouvailles"[20], gouverné par l'humeur du moment.
On voit en quoi la verve du style parlé est à
mettre au compte d'une conception sacrilège du mythe
littéraire. Car chez Laforgue celui-ci relève, lui
aussi, de l'éphémère, d'un impressionnisme
de l'immédiat que seuls imposaient jusqu'alors des
référents contemporains. Telle est sa manière de
concilier tradition et actualité : non pas comme la
"modernité" qui, selon Baudelaire, articule le transitoire
à l'éternel, mais dans le parti-pris de soumettre
celui-ci à une parole en perpétuel jaillissement,
partie à sa propre recherche - et qui se constitue dans les
aléas de cette poursuite
[1] J. Laforgue : à G. Kahn, 3 juin 1886, O.C., L'Age d'Homme, t. 2, p. 852.
[2] Ibid., 6 août
1885, p. 780.
[3] J. Laforgue : Moralités légendaires, Droz, 1980, p. 354-355.
[4] Baudelaire : O.C., "Théodore de Banville", Bibliothèque de la Pléiade, 1954, p. 1112.
[5] J. Laforgue : O.C.,
à Ch. Henry, 20 août 1880, t.1, p.
796.
[6] E. Zola : "Lettres de Paris" (juin 1876), Ecrits sur l'art, Garnier-Flammarion, 1970, p. 270.
[7] R. Wagner : Quatre poèmes d'opéra, Paris, 1860, p. XXV-XXVI.
[8] L'étude "Richard Wagner et Tannhäuser à Paris" paraît le 1er avril 1861 dans la Revue européenne. Un mois plus tard, elle est publiée sous forme de plaquette par Dentu.
[9] Ch. Baudelaire : O.C., op. cit., p. 1059.
[10] Ibid., p. 1066.
[11] S. Mallarmé : O.C., Bibliothèque de la Pléiade, 1945, p. 1163. Les Dieux antiques paraissent en 1880, dans la traduction de Mallarmé. Une première traduction en français, due à F. Baudry et E. Delerot, avait déjà paru en 1867, sous le titre : Les Dieux et les héros, contes mythologiques. L'auteur, un Britannique diplômé d'Oxford, George-William Cox, a publié plusieurs ouvrages érudits dont un Manuel de mythologie (1867), Mythologies des nations aryennes (2 vol. , 1870) et une Histoire de la Grèce (2 vol., 1874).
[12] Ibid., p. 1163.
[13] Ibid., p. 1166. G.-W. Cox est le disciple de Max Müller dont les Essais sur la mythologie comparée ont paru à Londres en 1858 (traduction française en 1873). Alors que Creuzer confronte les mythes de cultures très diverses, M. Müller en discerne l'origine dans des faits de langage (déformations, homophonies, métaphores ) : postulat qu'adoptera en France Michel Bréal.
[14] Ibid., p. 1164.
[15] Folio, p. 21-22. Rhétorique spéculative a été publié par Calmann-Lévy en 1995. On peut songer ici à ce qu'écrit Mallarmé, à propos de Wagner : "Avec une piété antérieure, un public pour la seconde fois depuis les temps, hellénique d'abord, maintenant germain, considère le secret, représenté, d'origines". ("Richard Wagner, rêverie d'un poëte français", 1885, O.C., op. cit., p. 544). Toutefois Mallarmé en vient aussitôt, par le biais de la "musique", invention des Muses à concevoir le Mythe en termes de Poëme ou d'Ode, c'est-à-dire en expression abstraite, parfaitement épurée : "le siècle ou notre pays, qui l'exalte, ont dissous par la pensée les Mythes, pour en refaire !" (ibid., p. 545).
[16] J. Laforgue : Les Pages de la Guêpe, A.G. Nizet, 1969, p. 114.
[17] J. Laforgue : O.C., t.1, p. 866-903. L'Agenda de 1883 mentionne de nombreux titres d'opéras joués à Berlin : Les Bijoux de la Couronne, Carmen, pour le répertoire français. Lohengrin, Tristan et Ysolde, Le Freischütz, pour le répertoire allemand. Mais, en revanche, ni Mozart, ni Rossini, ni Offenbach.
[18] J. Offenbach : Correspondance avec Meilhac et Halévy (12 juin 1864), Séguier, 1994, p. 64.
[19] Robert Caze (1853-1886) a publié des recueils poétiques et des romans. Il a collaboré au Voltaire et à L'Opinion et il a fait connaître les impressionnistes dans La Foire aux peintres (1885) qui recueille ses Salons de Lutèce. Dans son recueil de nouvelles, Les Bas de Monseigneur (1885), une partie, "D'après les Maîtres", est consacrée à de brefs récits qui parodient les aventures de héros comme Manon Lescaut ou Robinson Crusoë. Il a fait paraître dans Le Voltaire (18 août 1885) un compte rendu des Complaintes qu'il jugeait "inintelligibles", se demandant si leur auteur était un "malade".
[20] J. Laforgue : Voix magiques, "Rimbaud", Fata Morgana, 1992, p. 73.